En présentant certaines de ses œuvres sur table, Gabriel Orozco entrepose le fruit de son travail, de ses trouvailles, à la manière des producteurs mexicains vendant les légumes de leur potager sur les marchés.

La petite table est plus fouillie, il s'agit de la table de son atelier. Les œuvres sont en cours de création, inachevées. La plupart des objets exposés sur ces tables et par terre sont des objets trouvés, récupérés, qui ont été ensuite façonnés pour devenir une œuvre.

Au mur, ses œuvres graphiques : dessins, peintures, photos.

J'ai été particulièrement impressionné par la série des photos pixellisées, "atomist", consacrée aux sports inventés en Angleterre. Cette série avait été réalisée pour une exposition à Londres. Gabriel Orozco a découpé dans des journaux des photographies de sportifs dont il a pixellisé certains éléments. On a l'impression de voir l'image à travers le viseur d'un appareil photo. Les cercles dessinés ressemblent aux cercles qui servent à faire la mise au point. Ces cercles font aussi penser aux blasons des club sportifs. IL y a d'ailleurs correspondance entre les couleurs utilisées pour les cercles et les couleurs dominantes de la photographie. Les cercles de couleurs n'ont pas été placés au hasard sur la photographie. Un exemple : dans la photographie du joueur de cricket, les cercles s'organisent autour des articulations du joueur. Les couleurs sont disposées comme sur un échiquier géant en suivant le mouvement du cavalier.

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L'autre tableau qui a attiré mon attention est un grand tableau qui représente cette fois uniquement des cercles, tiré de la série "Samurai Tree". En 2004, Gabriel Orozco a voulu "décevoir", "décevoir les attentes de ceux qui veulent être surpris". Il s'est donc mis à la peinture. L'évolution de l'artiste est plus importante qu'on ne le pense au premier abord. Alors qu'il s'inscrivait toujours dans une pratique nomade, pour peindre, il décide de s'installer dans un atelier. Il est vrai que c'est un atelier parisien construit par Le Corbusier, ce n'est donc pas tout à fait son atelier.

D'ailleurs, ce tableau n'en est pas un. C'est en fait un diagramme, le diagramme représentant les mouvements du cheval sur cet échiquier aux cases rondes. A partir d'un cercle central découpé en quarts, il dessine des cercles de tailles différentes, collés les uns aux autres. Et de la même manière que sur la photographie du joueur de cricket, les couleurs dans les cercles sont attribués en fonction du mouvement d'un cavalier sur cet échiquier. Gabriel Orozco décline ce principe dans tous les tableaux de la série "Samurai Tree", en changeant juste l'ordre des couleurs en fonction des différentes combinaisons du mouvement du cavalier. Le résultat fait penser aux tableaux de l'avant-garde russe ou de Malevitch.

Même s'il s'en défend, Gabriel Orozco nous surprend encore.

Centre Pompidou
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