Dans ses anciennes séries, Michael Wolf photographiait les building de grandes villes internationales, l'homme n'y était pas visible. Sa précédente série, intitulée Transparent city, traduisait un premier rapprochement : le photographe s'introduisait à l'intérieur des building en pointant son appareil photo à travers les vitres des building. On y surprenait des gens en pleine réunion de travail, une femme en culotte, un homme au téléphone, etc. C'est à travers ces détails que Michael Wolf commence à pixelliser ses photographies et qu'il s'intéresse au voyeurisme et au fait de photographier les gens à leur insu.

tc39, Michael Wolf 2007

Dans la série Paris Street View, le photographe utilise le service 'Street View' de Google, qui met à la disposition de tous les photos à 360° des rues des grandes capitales du monde.

Ce travail se rapproche de l'enquête journalistique menée l'année dernière. A partir des traces laissées par un internaute sur la toile, un journaliste du Magazine le Tigre avait reconstitué quelques années de la vie de Marc L., vacances, travail, déboires et succès amoureux... et posé la question de la préservation de la vie privée. Cette année, face aux vives critiques dont Street view a fait l'objet, notamment de la part du gouvernement allemand, Google a enfin mis à la disposition des habitants qui refuseraient que leur maison soit photographiée un formulaire.

Michael Wolf a, lui, visionné les vues de Paris contenues dans la base de données Street View. Il a sélectionné les photos qui lui semblaient dignes d'intérêt : un motard scandalisé d'être pris en photo, un couple qui s'embrasse sous un porche, un pigeon cerné par les aides à la navigation de Google... Ces photos révèlent une intimité qui a peu à voir avec la promesse de Google View : explorez les rues du monde entier. D'où le titre de l'exposition We are watching you. Il serait d'ailleurs intéressant de savoir si les deux couples de l'exposition se sont reconnus et manifestés auprès de l'artiste.

Michael Wolf a recadré et agrandi ces captures d'écran à l'extrême : la plupart des photos font plus d'1,5m de haut. Alors que la pixelisation enlaidit généralement les images, elle crée ici une trame à la manière de la toile pour la peinture et participe à rendre anonymes ces hommes et ces femmes photographiés malgré eux. Cette trame varie en fonction de la taille de la photographie. On aperçoit les points et même le blanc qui les séparent. Un recul est nécessaire pour apprécier pleinement ces photographies. Ce recul souligne notre posture de voyeurs.

Tokyo Compression 38, Michael Wolf 2010

Les photos de la série Tokyo compression sont également très impressionnantes. Michael Wolf s’est positionné sur le quai d’une station de métro à Tokyo. Il a attendu que la porte vitrée se soit refermée pour photographier les visages de gens, montés dans une rame de métro bondée, qui n'ont pas d'autre choix que de se laisser prendre en photo. Les réactions sont variées : certains visages expriment la douleur de la compression, la résignation et même parfois le dégoût. On est bien loin de la publicité pour Hollywood chewing gum qui a pour slogan « collé serré j’assure ». Les photographiés sont coincés derrière la vitre, comme un steak dans sa barquette. D'autres visages, féminins, évoquent les pietà. Ces femmes semblet lutter intérieurement pour garder un semblant de dignité. Il n’y a pas de cynisme dans ces portraits de passagers. Michael Wolf les photographie avec tendresse et respect.

Galerie Particulière
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