Chacune de ses photographies semble être le fruit d’une expérience intime du photographe, confronté à l'attente, aux aléas du climat, de l'environnement, ou à la pudeur de ses modèles. Reste le mystère des crânes pris en studio.

Vous découvrirez d'abord une alternance de grands portraits d’hommes et de femmes nus et de petites photographies de crânes. Trois photos à part : un chardon évanescent, un agneau noir qui remue la tête comme s’il refusait le sacrifice, et un congre qui s'échappe du cadre.

Les photographies de nus montrent des corps allongés, relâchés. Eric Poitevin nous fait partager leur intimité. En effet, ces hommes et ces femmes semblent avoir oublié la présence de l’appareil photographique. Les postures sont les leurs, simples et touchantes dans ce qu’elles ont de naturel. Les défauts ne sont pas masqués ou gommés, les corps sont imparfaits, sans artifices. 

La pudeur n’est plus de mise, une grande intimité semble s’être nouée entre le photographe et ses modèles. C’est là aussi la preuve du talent d’Eric Poitevin. Je serai d’ailleurs bien curieuse de savoir comment il a abordé ces gens et comment il est parvenu à les prendre ainsi. Combien de temps ont-ils pu passer ensemble ?

Le point de vue adopté par le photographe est également intéressant. Notre regard glisse sur le corps d’une femme ronde, pris sous un angle particulier : on ne distingue plus le genou du sein, le sein de l'épaule. Les distances du corps sont abolies, l’œil parcourt un paysage humain.

Pour les photographies de crânes, tout est maîtrisé : la lumière, le cadrage ; les objets sont immobiles et positionnés selon la volonté du photographe. C'est leur mise en scène qui crée la surprise.

A l’étage, nous avons retrouvé des vues d’arbres et de forêts. Les premières photos que nous avions vues d’Eric Poitevin étaient justement sur ce thème. Ces photographies sont pourtant bien différentes, l’atmosphère n’est pas la même. Et pourtant, le charme opère toujours autant.

Deux séries se font face, toutes deux sont constituées de grands panneaux plus hauts que nous. Il n’y a ni centre, ni périphérie, l’œil cherche et fourmille parmi les détails des branches ou des percées dans la forêt. Car Eric Poitevin prend ses paysages à la chambre, dans une lumière très blanche, qui révèle une multitude de détails.

Les cinq vues de chemins de traverse sont magnifiques. Le fait de les avoir rassemblées nous donne un point de vue panoptique. On aurait envie de s’enfoncer plus avant. Et pourtant à mieux les observer, on ne peut s'empêcher d'éprouver une légère crainte, comme ma fille qui apercevait des trous noirs, cachés sous les branches.

De l’autre côté, le contraste entre les branches noires, la neige et le ciel blanc est saisissant de beauté. Un ravissement !


Galerie Nelson Freeman
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