La photographie en Pologne Communiste: un esprit surréaliste ?
Par Vence le mardi 30 novembre 2010, 23:50 - Galeries - Lien permanent
Galerie Baudoin Lebon du 28 octobre au 4 décembre 2010


Zofia Rydet
La galerie Baudoin Lebon, en partenariat avec la galerie Asymetria et le centre culturel polonais, propose une exposition de photogaphies polonaises. Cette exposition est plus facile d'accès que les oeuvres qui étaient présentées à Beaubourg lors de l'exposition intitulée les promesses du passé. Il faut dire que le musée avait placé la barre haut en voulant présenter la création durant la période communiste dans l'ensemble des pays de l'Est. Ici, on se limite à la photographie en Pologne et de fait, l'ensemble est nettement plus cohérent.
Il est agréable de voir que l'on peut enfin poser un regard sur la création pendant l'ère communiste sans qu'il soit biaisé par les aspects politiques. On sort enfin de la dichotomie artistes dissidents - artistes officiels, pour regarder ces oeuvres comme des oeuvres d'art et non plus des brulots politiques.
La politique n'est pas absente pour autant de l'exposition de Baudoin Lebon. Et le parcours des artistes est fortement marqué par les assouplissements et les raidissements du régime polonais. Ainsi Zbigniew Dlubak a été obligé de s'exiler à Paris et Marek Piasecki à Lund, en Suède. Zofia Rydet a dû accepter que son oeuvre soit censurée pour pouvoir publier son livre en 1979.
On perçoit aussi les contacts avec les surréalistes. L'influence d'André Breton se fait sentir même après la seconde guerre mondiale et la mise en place du rideau de fer. Il n'en oubliait d'ailleurs pas la situation tragique de ces artistes en leur écrivant en 1959 "Vous avez affronté la réalité de l’esprit à la réalité du pouvoir ; ici, nous n’en affrontons que les mots. C’est pourquoi vous n’avez de leçons à recevoir de nulle part, aujourd’hui surtout pas de France."
L'exposition présente des oeuvres de Zbigniew Dlubak réalisées juste après la guerre. Notamment wires, une photographie minimaliste qui représente des mèches de cheveux (?) posés sur un fond blanc.
De Jerzy Lewczynski, nous voyons des photos de la série Photo theater de 1957. Il pose librement des objets sur un fond blanc pour créer une narration. Il photographie ainsi un duo fourchette - arête dorsale de poisson et un trio composé d'un poing américain, d'un cran d'arrêt et d'une carte à jouer. C'est là aussi très simple dans la réalisation et esthétiquement efficace.
A la même époque, Marek Piasecki photographie la série Muralia. Il s'agit de photographies d'extérieurs qu'il choisit pour leur côté graphique : un graphiti sur un tronc d'arbre, les restes d'une construction, les croisements de fils électriques...
Plus tard, au cours des années 70, Zofia Rydet fait une série de collages photographiques qu'elle intitule le monde des sentiments et de l'imagination. C'est un travail très sensible et doux qui relate les différentes périodes de sa vie, avec une forte portée symbolique.
Même si la démarche des photographes polonais n'était pas totalement surréaliste, ils ont en commun avec ce mouvement un certain nombre de thèmes, tels que l'érotisme, le rêve ou l'inconscient, et de techniques, telles que la mise en scène, la solarisation ou le collage. En espérant que cette exposition en inspire d'autres.