Pendant la première guerre mondiale, ce collectif théorise la nouvelle plastique qui consiste principalement à limiter la palette utilisée aux couleurs primaires et à réduire le dessin à des séries de points et de traits. Mais il ne faut pas voir dans cette avancée stylistique uniquement une rationalisation extrême, tout au contraire. Le mouvement De Stijl se nourrit aussi d'ésotérisme et de théosophie. Moins connue, cette dernière théorie se réfère à un ordre cosmique fondé sur des principes géométriques et des systèmes de proportions universels.


Ce mouvement se nourrit aussi des groupes qui l'ont précédé. D'ailleurs, la première salle de l'exposition est consacrée aux influences des Hollandais. On y trouve pèle-mêle des tableaux cubistes, fauvistes et futuristes.

Maquette du pavillon, Theo Van Doesburg et Vilmos Huszar >


Les artistes de De Stijl utilisent aussi plusieurs médium pour s'exprimer : la peinture bien sûr, mais aussi l'architecture, l'urbanisme, le design ou le vitrail. Vilmos Huszar va d'ailleurs créer une "figure dansante mécanique" très impressionnante de réalisme et d'ingéniosité. 

Afin d'illustrer les collaborations pluridisciplinaires, l'exposition a reproduit le pavillon Composition-Espace-Couleur qui avait été exposé la première fois à Berlin en 1923 par Vilmos Huszar et Gerrit Rietveld. Il s'agit en fait d'un pavillon composé de deux cubes imbriqués l'un dans l'autre. Sur un plan original de Huzsar, Rietveld a ajouté trois cloisons supplémentaires, pour donner de la vie au pavillon, du mobilier, dont la fameuse chaise Berlin, et une cloison sur laquelle est dessinée une petite flèche. Il donne ainsi le sens de circulation dans l'espace. Vilmos Huszar a mis en couleur le pavillon pour faire voler en éclats le sujet et la représentation, pour ne s'intéresser qu'à la couleur et créer "un espace dans l'abstraction". A l'opposé, Rietveld a créé une composition concrète. D'ailleurs, Vilmos Huszar était très réaliste sur ses intentions : "comme on voit partout dans la vie des efforts pour fonder l'harmonie entre le corps et l'esprit, nous avons essayé ici de réaliser cette harmonie dans un sens esthétique". Le résultat est magistral.

Theo Van Doesburg et Cornelis Van Eesteren, Maison particulière, 1923 >

L'autre grande réalisation pluridisciplinaire est l'exposition de De Stijl qui s'est déroulé à la galerie L'effort moderne, à Paris, la même année. Là
encore, la liste des artistes présentés fait pâlir d'envie : Theo Van Doesburg, Cornelis Van Eesteren, Jan Wils, Vimos Huszar, Gerrit Rietveld, Mies Van der Rohe, Piet Zwart, JJP Oud. Cette exposition est la seule exposition d'architecture du groupe. Elle permet de bien comprendre l'intérêt de l'interdisciplinarité dans les projets architecturaux. Theo Van Doesburg et Cornelis Van Eesteren présentent le projet de maison destinée à Léonce Rosenberg, le propriétaire de la galerie. Gerrit Rietveld en produit les maquettes. Les deux associés vont produire un genre nouveau de dessin d'architecture, une sorte d'écorché de la maison sur lequel les parois recouvertes de couleurs flottent littéralement dans l'air. Quant à Mies Van der Rohe, il propose un projet de gratte-ciel en verre.

L'aventure de De Stijl ne s'arrête pas là, et j'ai occulté dans ce billet une grande partie de la production picturale du mouvement et de  Mondrian. Un billet lui sera bientôt consacré...

Plus d'information sur Mondrian : Mondrian

Centre George Pompidou
www.centrepompidou.fr
Place Georges Pompidou
75004 Paris
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