Ces grands formats nous happent, nous entraînent dans cette réalité sans pour autant la montrer de manière frontale, ils suggèrent ce qui est en train de se passer.
Qu'est-ce donc que ce blindé, perdu sur une route, immergé dans un gigantesque nuage de poussière grise  ?
Luc Delahaye n'a pas photographié l'attaque ou les explosions mais le moment qui suit. Nous sentons ainsi la violence et la solitude des soldats, le désert opaque qui les entoure.
Cet homme accroupi auprès d'un puits en Afghanistan n'est pas menacé ou menaçant, il essaie seulement de survivre.
Autre exemple : comment mieux illustrer le sort réservé aux Philippins de Dubaï qu'en montrant cet homme endormi dans les ornières, laissées par des camions, dans un terrain vague planté de pylônes de haute tension ?
Luc Delahaye souhaite photographier le "réel". "Dans un monde tellement quadrillé, sécurisé et si peu immédiat, le réel a perdu du terrain." nous explique-t-il. Ces photographies sont les témoignages de la peur et de la crainte qui habitent les personnes qui vivent hors de notre cocon douillet et irréel.



Comme le "réel" est complexe, Luc Delahaye cherche l'"image totale", la description exacte de ce qu'il voit. Pour y parvenir, il se positionne en retrait de l'évènement et aussi en retrait dans sa pratique, puisqu'il tente de s'effacer devant l'appareil photo. Il nous explique qu'il essaie de prendre les photos de manière simple,  "être là et ne donner que ce qui est juste nécessaire, tenir l'appareil."
Dans un deuxième temps, il retouche ses photos pour approcher encore un peu plus cette image totale en supprimant tout ce qui pourrait perturber le regard.

Au final, les dix photographies exposées couvrent quatre ans de travail. Elles donnent à voir des situations complexes avec simplicité et justesse, sans pathos.

Galerie Obadia
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