Avant 1908, Mondrian étudie l’art. Recherchant la reconnaissance de ses pairs, il produit d’abord des œuvres académiques. Il tente à deux reprises de concourir au Prix de Rome. Face à l’indifférence des juges, il prend une autre direction et cherche à gagner l’adhésion du public. Il s’initie au pointillisme et au fauvisme - quelques toiles sont exposées au côté de celles d’artistes fauvistes - et s’intéresse à tous les courants artistiques du début du siècle.

1911 est une année particulière : Mondrian découvre des toiles de Braque et Picasso à une exposition qui se déroule à Amsterdam. Séduit, il part à Paris, s’y installe et s’essaie avec brio au cubisme. Il élabore un cubisme que Guillaume Apollinaire qualifie en 1913 de « très abstrait ».

L'arbre bleu, Mondrian, 1908-09 >

Si vous comparez ses toiles représentant des arbres – du fait de leur éloignement, il est nécessaire de remonter le flot de visiteurs – , vous constaterez que l’arbre bleu, peint entre 1908 et 1909, et l’arbre gris, peint en 1911, ont peu en commun : le premier est assez conventionnel tandis que le second est constitué d’arcs, de courbes, de traits qui se prolongent jusqu’à la limite de la feuille de papier, on ne distingue plus le ciel, ni la terre, juste des fragments de peinture. Mondrian réduit sa palette de couleurs et simplifie les formes, ce qui confère à l’arbre gris une force et une vigueur nouvelle. Plus loin, lorsque vous observerez le pommier en fleurs (1912) et surtout l’arbre A (1913), vous ne reconnaîtrez même plus le sujet : Mondrian s’est définitivement écarté de la peinture figurative. A cette période, il n’est d’ailleurs pas seul à s’engager dans cette voie : Kupka, Robert et Sonia Delaunay, Picabia, Léger et Kandinsky fourmillent eux aussi d’idées.

Qu'est-ce qui plaît tant à Mondrian dans Paris ? Les façades placardées d’affiches. Elles lui inspirent des compositions, telle Composition dans l’ovale avec plans de couleur 2 (1914). « Je construis des lignes et des combinaisons de couleurs sur des surfaces planes afin d’exprimer, avec la plus grande conscience, la beauté générale », voilà comment il explique sa démarche à son ami Brenner.

La première guerre mondiale le contraint à revenir aux Pays-Bas. Il poursuit donc son œuvre, hors du milieu artistique parisien. En 1917, il élabore une composition centripète, à base de tirets et de croix noires, qui forment un ovale. Il exprime un langage pictural simple et fait preuve de beaucoup d’audace. Composition en couleur A et composition avec plan de couleurs 2 montrent qu’il ne délaisse pas la couleur. La même année, il rédige son premier article dans la revue De Stijl, intitulé « La nouvelle plastique dans la peinture ».

Chez Mondrian, André Kertész, 1926 >

A son retour à Paris, face au conservatisme des artistes français, il prend conscience du chemin parcouru. Il se démarque également d’eux dans l’encadrement de ses tableaux : il abandonne le cadre traditionnel au profit de baguettes de bois blanches.

A partir de 1920, il combine des plans de couleurs primaires et des plans de non couleur (blanc, gris et noir). Jusqu’à la fin de sa vie, en 1944, il déclinera cette combinaison en apportant des variantes. Il joue d’abord sur l’épaisseur des lignes noires et la disposition des plans de couleurs, et suggère ainsi que la peinture se poursuit en dehors de la toile. Son atelier, situé 26 rue du Départ, est l’expression la plus aboutie de son aspiration à créer une œuvre d’art totale. Le Centre Pompidou l’a reconstitué et on peut le traverser.

L’atelier est son unique œuvre architecturale, mais Mondrian n’en a pas moins joué un rôle majeur dans l’architecture. En 1926, il définit la home, comme « la construction d’une infinité de plans en couleurs et en non couleurs s’accordant avec les meubles et les objets qui ne seront rien en eux-mêmes, mais joueront comme éléments constructifs du tout ». Un concept qui trouve une résonance auprès de grand nombre d’architectes : Mies Van der Rohe, Robert Mallet-Stevens, Pierre Chereau, Le Corbusier et Charlotte Perriand, pour ne citer qu’eux. De Stijl précise que la couleur est une composante organique de l’architecture, comme le verre et l’acier. La polychromie fait ainsi son entrée dans l’architecture.

Ses peintures ont aussi des adeptes. Mondrian a le soutien de disciples, dont le Nantais Jean Gorin. En 1932, apparaissent des doubles ou triples lignes, qui créent un rythme et évoquent les partitions musicales. La couleur est resserrée, une harmonie s’installe. En 1933, le peintre présente ses toiles sur la pointe et donne à voir ainsi des losanges. Ce basculement déploie l’œuvre au-delà du support de la toile. Et pour la première fois, ses lignes sont en couleur.

En 1938, Mondrian doit une nouvelle fois quitter Paris. Après avoir passé 2 ans à Londres, il part à New York, où il découvre une ville bouillonnante d’énergie, aux rues orthogonales, où les lumières clignotent et le boogie woogie retentit. Ses tableaux s’en trouvent transfigurés : New York City (1942) est constitué de bandes de papier coloré qui se croisent, se chevauchent, vibrent. Elles suggèrent un espace en trois dimensions. Mondrian atteint là un nouveau palier dans l’abstraction.


En savoir + 

  • Billet concernant la partie de l'exposition consacrée à De Stijl : De Stijl
  • Si vous trouvez que les tableaux de Mondrian manquent de mouvement, découvrez la vidéo "Retouche" d'Ivan Argote 
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