Les œuvres d'Alan Vega, ex membre du groupe Suicide et Thurston Moore des Sonic Youth, nous accueille. On a là un concentré de la scène Arty new yorkaise. Les deux groupes sont formés d'anciens élèves d'écoles d'art.

Alan Vega a d'abord commencé une carrière de sculpteur, jusqu’à ce qu’un concert d'Iggy Pop lui fasse dire que "l'art touche à sa fin". Il se lance alors dans Suicide, un groupe précurseur de la techno qui utilise principalement le synthétiseur, la boîte à rythme et des paroles répétées en boucle. Nous sommes au début des années 70. Depuis la scission de Suicide, Alan Vega fait régulièrement des performances/concerts très impressionnants, les albums sont moins convaincants.

Exemple : Suicide, Ghost Rider

Dix ans plus tard, un autre groupe sort des beaux arts : Sonic Youth, pionnier de la noisy. Les membres du groupe savent jouer des conventions du rock en y ajoutant distorsions, dissonances et feedback, n'hésitant pas à chanter faux ou à utiliser des baguettes de batterie pour jouer de la guitare. Ils sortent toujours des albums fidèles à cet esprit, même s'ils semblent aujourd’hui plus apaisés.

Exemple : Sonic Youth, Dirty Boots

Les œuvres plastiques de Thurston Moore ou Alan Vega semblent gentilles et proprettes au regard de leur production musicale.

Exemple : Herman Dune, I wish that I can see you soon

Un peu plus loin, Yaya Herman Dune présente des dessins, dont certains déjà vus à la galerie Lucile Corty. Herman Dune est un groupe d'anti folk français, sous genre du punk rock qui sonne comme le folk américain traditionnel. C'est l'un des groupes qui a contribué au renouveau de la scène folk française. Les dessins de David Yaya Herman ont pour principale source d’inspiration la bible et la torah. Il nous rappelle d'ailleurs un grand absent de cette exposition : Devendra Banhart, autre grand nom de la folk actuelle qui dessine. Ses dessins avaient été remarqués dans Vitamin D (Ed. Phaidon) et lors d'une exposition au musée d'art moderne de San Francisco et de Los Angeles...

Exemple : Daniel Johnston, Speeding motorcycle

Un peu plus loin, on se retrouve face aux dessins d'un autre freaks de la musique, Daniel Johnston. Ce sont des dessins aux feutres de super héros, comme Captain America. Daniel Johnston est un mythe vivant. Il a commencé à écrire des chansons pour séduire une fille qui a finalement épousé un croque mort. Il a ensuite fait un long séjour en hôpital psychiatrique. Ses dessins ressemblent à ses chansons, peuplées de super héros de la culture populaire américaine. On approche de l'art brut.

En face, il y a quelques pages du livre de Philippe Katerine "Doublez votre mémoire - Journal Graphique" et la diffusion de son film peau de cochon. Comme pour Daniel Johnston, Philippe Katerine nous fait rentrer dans son univers et nous explique en toute simplicité ses lubies et sa manière très personnelle de concevoir une chanson. On est à la limite entre le documentaire et l'œuvre de fiction. Katerine ne dénoue pas ce qui est vrai de ce qui est faux. Après tout, ça a peu d'importance tant qu'il nous fait danser. Pour des artistes comme Katerine ou Johnston, il y a une tentation au voyeurisme assez malsaine. Katerine en joue en se faisant passer pour l'idiot du village. On a pourtant du mal à le croire.


Katerine - Un Après-Midi A Paris
envoyé par Katerine. - Regardez la dernière sélection musicale.
Un après midi à Paris, Katerine; clip de Pierrick Sorin

Cette exposition nous rappelle qu'il y a toujours eu des passerelles entre les arts plastiques et la musique. L'une s'inspirant de l'autre. Pour autant, à aucun moment nous ne retrouverons l'avant-gardisme ou l'énergie que ces artistes ont su mettre dans leur musique. On ne reste pas pour autant au niveau de l'anecdotique. On voit apparaître non pas la contre-culture des années soixante ou soixante-dix mais plutôt la culture jeune décrite par Benoit Sabatier, rédacteur en chef adjoint de Technikart dans Nous sommes jeunes et nous sommes fiers (Ed. Hachette Littératures, p. 543) : « Prendre un artiste au look décalé-dans-le-vent, matraquer des références crédibles (et mensongères), Bataille Chomsky, Barbara, Godard (nom de passe postmodernité : BCBG), et lancer le produit comme du nouvelle vague intelligent. Artistiquement c'est parfois valable. Pas tout le temps. »