Entre le cristal et la fumée (Part 1)
Par Connie le samedi 5 mars 2011, 23:21 - Galeries - Lien permanent
Galerie Poggi & Bertoux associés - du 12 février au 26 mars 2011

Tout d’abord saluons l’accueil de cette galerie. Pas question ici de haut comptoir derrière lequel se cacheraient galeristes et stagiaires. Jérôme Poggi en personne nous a ouvert la porte. Nous étions venus voir la photo de Sophie Ristelhueber, nous avons vu bien plus : entre le cristal et la fumée. Convaincus par la qualité du travail de commissariat d’exposition de la galerie, nous la recommandons vivement. Suivez le guide...
Sophie Ristelhueber, Fait (71), 1992, 100 x 130 x 5 cm >
A droite de l’entrée, une série de 94 dessins accrochés dans un angle. Pour qui
a traduit Platon ou lu ses dialogues, l’idée de Dominique Furgé tombe sous le
sens : révéler l’art du dialogue de Platon à travers le dessin. Trois
personnages : Socrate, Philèbe et Protarque, trois couleurs : cyan, magenta,
jaune. Un livre de 94 pages, une série de 94 dessins qui évoque une mélodie à
trois voix. L’artiste déchiffre la partition de Platon en agençant des boules
de couleurs primaires sur les pages de l’édition grecque. Il joue avec la
taille et la position de ces formes abstraites : on perçoit le rythme et la
vivacité des échanges, les accords et les désaccords, on suit la tension
dramatique, le rapprochement ou l’éloignement des adversaires, les coups de
théâtre.

Dominique Furgé esquisse ici une constellation de joutes d’idées, sans doute inspiré, en tant que vidéaste, par son usage des storyboard. Nous attendons avec impatience son prochain film intitulé RVB. En tout cas, cette œuvre nous a donné envie de relire Platon. D’ailleurs, nous aurions plaisir à trouver dans un même ouvrage les 96 pages de Dominique Furgé suivie des 96 pages du texte de Philèbe, traduit en français.
En bas des escaliers, un dessin d’abord. Puis deux œuvres qui captent immédiatement notre regard : un doute sur leur nature : dessin, photo… Il s’agit bien de photographies. Le sujet est simple : une feuille tenue à bout de main, mais la composition et le tirage sont particulièrement soignés. La lumière du soleil se réfléchit sur la surface de la feuille, la blancheur de cette lumière contraste avec le noir de la main, les nervures de la feuille sont palpables. La feuille est mise à nu comme elle pourrait l’être dans un laboratoire, mais l’ombre d’une branche projetée sur la feuille nous transporte ailleurs. Nous sommes éblouis. Jochen Lempert, photographe allemand, produit lui-même ses tirages noir et blanc, d’où cette variété de gris, ce blanc éclatant et ce noir qui évoquent les dessins classiques.

Nous réalisons en nous retournant que les sons étranges et lancinants qui résonnent dans la galerie sont en fait produits par l’installation de Bertrand Lamarche. Elle est composée d’une platine reliée par un fil à une enceinte. Le même mouvement se répète inlassablement, une illustration du supplice de Tantale. Nous passons ensuite à la peinture de Philippe Caurant, qui mêle résine et peinture à l’huile. Une pratique intéressante. Plus loin, les neuf photographies de Marylène Negro explorent le corps. Corps d’une femme ou simplement sculpture ? La photographe joue de cette ambiguïté.

Enfin, le clou de l’exposition : les œuvres de Kees Visser. Cet artiste a réalisé plusieurs dessins sur du papier millimétré. Quand on apprend que la couleur de chaque carré a été choisie en tirant au dé, on est impressionné par la patience de ce peintre hollandais. Ses dessins inachevés sont certainement plus beaux encore, car ils laissent une plus grande part à l’imagination. Ses monochromes sur papier sont magistraux. De grands formats, une forme à peu près rectangulaire qui déroute l’œil (tout est dans cet à-peu-près), une couleur à l’état pigmentaire, une surface très singulière. De près, on a l’impression de survoler la croûte extra-terrestre d’une planète inconnue, de loin ses peintures ont une intensité différente de celle de Rothko mais qui interroge tout autant.
Vous l’aurez compris, une visite s’impose. Un conseil : notez bien l’adresse de la galerie ! Lorsque nous y sommes allés, nous l’avions oubliée. Nous savions juste que la galerie Poggi & Bertoux était rue Lafayette, pas loin de Négatif +, à deux pas de l’église St Vincent de Paul. En l’absence de smartphone et de cybercafé, nous avons demandé l’aide des gens du quartier. Tous ont été curieux d’apprendre qu’il existait une galerie d’art contemporain dans les alentours et aucun n’a su nous indiquer son emplacement. Après avoir parcouru tous les numéros entre l’église et la rue Magenta, dans un sens, puis dans l’autre, nous avons heureusement trouvé la plaque aux numéros 115 - 117.
Galerie Poggi & Bertoux
Galerie Blancpain
Dominique Furgé, Philèbe, 2011, dessins à l'encre sur pages de livres >
Dominique Furgé esquisse ici une constellation de joutes d’idées, sans doute inspiré, en tant que vidéaste, par son usage des storyboard. Nous attendons avec impatience son prochain film intitulé RVB. En tout cas, cette œuvre nous a donné envie de relire Platon. D’ailleurs, nous aurions plaisir à trouver dans un même ouvrage les 96 pages de Dominique Furgé suivie des 96 pages du texte de Philèbe, traduit en français.
Jochen Lempert, Sans titre, 2009, Tirage gélatino-argentique, 24 x 30 cm >
En bas des escaliers, un dessin d’abord. Puis deux œuvres qui captent immédiatement notre regard : un doute sur leur nature : dessin, photo… Il s’agit bien de photographies. Le sujet est simple : une feuille tenue à bout de main, mais la composition et le tirage sont particulièrement soignés. La lumière du soleil se réfléchit sur la surface de la feuille, la blancheur de cette lumière contraste avec le noir de la main, les nervures de la feuille sont palpables. La feuille est mise à nu comme elle pourrait l’être dans un laboratoire, mais l’ombre d’une branche projetée sur la feuille nous transporte ailleurs. Nous sommes éblouis. Jochen Lempert, photographe allemand, produit lui-même ses tirages noir et blanc, d’où cette variété de gris, ce blanc éclatant et ce noir qui évoquent les dessins classiques.
Fait, photographies couleur, 1992, vue de l'installation au Jeu de Paume en 2009 >
Nous apercevons ensuite la photo grand format de Sophie Ristelhueber, à dominante noire. Nous avions vu l’exposition que lui avait consacré le Jeu de Paume il y a deux ans. Cette photo figurait parmi les 71 de la série Fait, représentant des vues aériennes ou à hauteur d’homme du désert koweitien, prises juste à la fin de la guerre du Golfe. Toutes étaient collées les unes aux autres. L’effet était saisissant. Cette fois-ci, nous la découvrons pour la première fois seule. Surprise ! Elle est montée sur aluminium et cernée d’un cadre ciré or. Elle devient ainsi un véritable objet de contemplation.
Bertrand Lamarche, Sans titre, 2008, installation
Nous réalisons en nous retournant que les sons étranges et lancinants qui résonnent dans la galerie sont en fait produits par l’installation de Bertrand Lamarche. Elle est composée d’une platine reliée par un fil à une enceinte. Le même mouvement se répète inlassablement, une illustration du supplice de Tantale. Nous passons ensuite à la peinture de Philippe Caurant, qui mêle résine et peinture à l’huile. Une pratique intéressante. Plus loin, les neuf photographies de Marylène Negro explorent le corps. Corps d’une femme ou simplement sculpture ? La photographe joue de cette ambiguïté.
Kees Visser, T-30/ T62 / 30, 2006, 46 x 64 cm, peinture sur papier >
Enfin, le clou de l’exposition : les œuvres de Kees Visser. Cet artiste a réalisé plusieurs dessins sur du papier millimétré. Quand on apprend que la couleur de chaque carré a été choisie en tirant au dé, on est impressionné par la patience de ce peintre hollandais. Ses dessins inachevés sont certainement plus beaux encore, car ils laissent une plus grande part à l’imagination. Ses monochromes sur papier sont magistraux. De grands formats, une forme à peu près rectangulaire qui déroute l’œil (tout est dans cet à-peu-près), une couleur à l’état pigmentaire, une surface très singulière. De près, on a l’impression de survoler la croûte extra-terrestre d’une planète inconnue, de loin ses peintures ont une intensité différente de celle de Rothko mais qui interroge tout autant.
Vous l’aurez compris, une visite s’impose. Un conseil : notez bien l’adresse de la galerie ! Lorsque nous y sommes allés, nous l’avions oubliée. Nous savions juste que la galerie Poggi & Bertoux était rue Lafayette, pas loin de Négatif +, à deux pas de l’église St Vincent de Paul. En l’absence de smartphone et de cybercafé, nous avons demandé l’aide des gens du quartier. Tous ont été curieux d’apprendre qu’il existait une galerie d’art contemporain dans les alentours et aucun n’a su nous indiquer son emplacement. Après avoir parcouru tous les numéros entre l’église et la rue Magenta, dans un sens, puis dans l’autre, nous avons heureusement trouvé la plaque aux numéros 115 - 117.
Galerie Poggi & Bertoux
www.galerie-poggi-bertoux.com
115-117 rue Lafayette
75010 Paris
Ouverte de 10h à 19h, du mardi au samedi
Métro : Gare du Nord / Poissonnière
Tél. : 09 51 02 51 88
A venir : Part 2, du 11 juin au 23 juillet 2011
Avec Isabelle Arthuis, Attila Csörgo, Cécile Bart, Juliana Borinski, Hubert
Duprat, Cédrick Eymenier, Simon Hantaï, Oleg Tcherny
A propos de Sophie Ristelhueber : la galerie Blancpain lui consacre une exposition à Genève. Prolongation jusqu'au 10 mars 2011.