Auberginette : des photographies, des sérigraphies, de la vie !
Par Connie le jeudi 24 mars 2011, 21:46 - Design - Lien permanent

Interview : Agnès Tourrenc
Avant de poser son sac dans le troisième pour créer la marque Auberginette,
Agnès Tourrenc était globetrotteuse. Aujourd'hui, elle appose ses sérigraphies
sur du linge de maison et des objets de décoration, sans fioriture, ni chichi.
Elle esquisse un univers urbain, contrasté. On y croise des immeubles, des
camions, des cactus, des vanités et quelques animaux sauvages. Son point de vue
est délibérément personnel et décalé.
Avant de vivre dans le troisième, tu as vécu à Londres et à Barhein. Qu’as-tu retenu de ces voyages ?
Sex, drog et rock'n'roll d'un côté, abstinence de l'autre. Londres est une métropole où chacun peut vivre son originalité en toute liberté. A Barhein, être une femme est le premier problème. Vivre et travailler dans ces deux pays a été très formateur.
Auberginette, grande mosquée >
Tu fondes ta marque Auberginette en 2008. Pourquoi « Auberginette » ?
Rien à voir avec l'aubergine qui est un très beau légume, mais que je ne cuisine pas. Au début du mail, il fallait choisir un identifiant. J'étais à Londres et les Britanniques trouvaient bizarrement qu'il y avait une similitude entre Agnès et Aubergine, peut être ma dégaine de l'époque ?! Je l'ai féminisé et c'est resté.
Ta première sérigraphie ?
La toute première, c'était une femme avec une jambe de bois et un fouet. Je faisais beaucoup de dessin au trait et le corps des femmes m'inspirait.
Quand on observe ton travail actuel, on a du mal à l'imaginer. Les femmes ont complètement disparu de tes sérigraphies. On retrouve la Tour Eiffel, un bâtiment de Barcelone, les Moulins de Pantin. Tu es sensible à l’architecture ou à la ville ?
Aux deux. L'architecture, c'est la maison, l'intime. Les bâtiments sont tous rattachés les uns aux autres, cela forme un grand ensemble : c'est la ville. J'évolue dans les deux.

Auberginette, Michelin >
Beaucoup de créateurs exploitent des photographies issues de banques d’images libres de droit. Toi, au contraire, tu as toujours tenu à utiliser tes propres photographies. D’où te vient cet intérêt pour la photo ?
Quand j'étais toute petite, ma mère avait un instamatic, elle a fait malgré elle les plus belles photo décadrées. Ma sœur a eu, adolescente, un reflex. La classe! Et moi, je les ai tous les deux récupérés. A l'école primaire, on avait un atelier photo, j'ai donc appris à développer mes photos. Au lycée, j'ai étudié la photographie en classe Cinéma. J'ai eu ensuite ma période sténopé. Je faisais des appareils photo avec des boîtes de biscuits. Le temps de pose était assez long, au moins 3 minutes. Le meilleur sujet pour tenir la pose, c'était les immeubles ! A Londres, la gare de Clapham, l'immeuble Michelin ou la grande mosquée de Manama. CQFD. La photo finalement a toujours été là.
Tu as d’abord travaillé avec des motifs noirs. Ton univers évoquait plutôt les codes du monde industriel. D’ailleurs, la Cité du Design de Saint Étienne ne s’y est pas trompée en te confiant la confection de carnets. Aujourd’hui, tu introduis plus de couleurs ?
Je trouve que le contraste entre un support clair et la sérigraphie noire est très fort. Travailler avec plusieurs couleurs me permet de différencier les zones d'un motif.

Auberginette, coussin Serge >
Carnets, lampes, t-shirts, trousses en sky, etc., tu travailles sur tous les supports ?
Oui, oui, c'est le propre de la technique de la sérigraphie, imprimable sur tout support. Textile, plastique, verre...En ce moment, j'ai un faible pour le coussin Serge, un hommage à Gainsbourg. Le motif est bicolore (rouge et bleu), il représente une rampe d'accès à un ferry boat : "Gainsbourg et son gainsborough ont pris le ferry boat… Que les dieux les bénissent jusqu’en 70. 69 année érotique." Une invitation au voyage.
Tu n’hésites pas à concevoir des produits pour de grandes marques. Tu as d’ailleurs travaillé avec Fermob. Que sont-ils venus chercher auprès d'Auberginette ?
Ils aimaient notre style et notre collection Outdoor. Ils souhaitaient quelque chose qui leur ressemble davantage. On a trouvé le support outdoor, les couleurs flash, on y a apposé nos motifs.
Tu as imaginé il y a quelques années un très joli livre pour enfants que tu avais tiré à quelques exemplaires. J’ai eu la chance de le parcourir. Comment t’en est venue l’idée ?
L'idée originale était de mon père. J'avais envie de l'illustrer, mais aussi de le réaliser totalement : imposition, sérigraphie, reliure, choix des couleurs, de la forme.
Aurais-tu envie qu’il soit diffusé plus largement ?
Ah oui, ça serait chouette ! Je n'ai pas démarché les maisons d'édition. Et je manque de temps en ce moment.
Où peut-on trouver tes produits dans le troisième ?
Au Musée des Arts et Métiers où j'ai eu la chance de travailler sur la thématique de leur exposition videogame (toujours à l'affiche). Trousse pour DS badge... Et puis chez Fleux, rue sainte croix de la Bretonnerie.