Hervé Guibert, journaliste et écrivain, nous ouvre son album de photographies. C'est avec un peu de gêne que l'on entre dans les salles qui lui sont consacrées, car sa vie, son œuvre littéraire et ses clichés sont intimement liés. Au fil des photos, on distingue ses envies, ses obsessions, l'émotion à fleur de peau. On trouve beaucoup de fragments de corps, des écorchés, des têtes dans le formol, des pantins, ses amis, et bien sûr ses autoportraits.

Hervé Guibert, Sienne, 1979 >
On a là un petit condensé de sa vie ou plutôt de ce qu'il voulait bien nous en montrer. Les photographies sont petites et fortement contrastées. Il ne recherchait pas à imprimer un style, une esthétique. Certaines photographies sont des mises en scène, toutes semblent vouloir témoigner de l'instant. La MEP a réuni la sélection définitive qu'Hervé Guibert avait fait de ses œuvres photographiques. C'est émouvant.



Les Minets, Jacques Prévert >

Nous connaissions ses écrits, Jacques Prévert est aussi un créateur d'images. Peut-être en avez-vous déjà vu sur la couverture de ses livres ? Inventeur de l'expression "cadavre exquis", le jeu surréaliste "qui consiste à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu'aucune d'elles puissent tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes", il s'est adonné au collage : il découpait des images de magazines, de planches d'anatomie ou de livres chinés, qu'il collait sur les photographies d'amis (Man Ray, Brassaï, Robert Doisneau, Izis, etc.), tel un passionné de salmigondis. Ni pinceaux, ni appareil photo, et pourtant un talent certain dans la composition et le détournement de l'image. Que sortait-il de ses ciseaux ? Un univers plutôt citadin, peuplé de personnages étranges. "Quand quelque chose me plaît, je le découpe et je le mets dans un tiroir.", disait-il. Son tiroir était rempli d'êtres en devenir, comme la malle de Pessoa, autre poète.

Mahmoud Darwich, 2008, Marc Trivier >


Marc Trivier nous ramène à l'état d'animal. Il photographie indifféremment de grands artistes, des fous, des vaches, vivantes ou mortes, et des arbres. Toutes les photos sont carrées, cerclées de noir. Et l'accrochage les mêle pour les présenter sur le même plan, sans hiérarchie aucune. L'ensemble des portraits est réalisé selon la même méthode : Marc Trivier demande à la personne de s'asseoir, de préférence sur un tabouret, de façon à ce qu'elle soit en équilibre précaire. La seule chose qui varie, c'est le cadrage, plus ou moins proche. Les vaches aussi sont photographiées de face. IL n'y a que les carcasses qui semblent y échapper et pour cause : elles ont la plupart du temps la tête coupée. Marc Trivier explique que «faire un portrait, c’est trouver la distance. Et ça, ce sont leurs yeux qui disent où l’on doit se placer. Ceux qui voudraient que vous vous approchiez, ou ceux qui vous repoussent.» Les photographies de carcasses sont plus frontales, elles ont les crochets et les rails pour seuls décors. Elles sont, à l'instar de ses portraits, très construites. Cette approche systématique du sujet donne une très grande cohérence à l'exposition. Et tous ses sujets sont placés sur une même ligne d'égalité devant l'appareil. Une exposition en forme de Memento Mori, souviens-toi que tu es mortel.

Province de Kien Hoa, 1969, Henri Huet >

La MEP rend hommage à Henri Huet, photographe de presse, tué au Laos il y a 40 ans. Il a couvert pendant 20 ans la guerre du Vietnam. Ses photographies montrent l'indicible. On y voit la souffrance et le désespoir des hommes, l'absurdité de la guerre. En trois photos, il montre comment un infirmier qui tente de faire revenir à la vie un militaire, passe d'un champ des possibles au plus total découragement face à la mort. Nous finissons désarmés.

Maison Européenne de la photographie
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5-7 rue de Fourcy
75004 Paris
Métro : Saint Paul
Ouvert tous les jours de 11h à 20h, sauf les lundis, mardis et jours fériés.