Tu as ensuite étudié à l'école de la photographie d'Arles. Dans le cadre du projet « Ils photographient, ils écrivent », tu as participé à la publication d'un livre. On y trouve tes premières photos.
Cette expérience n'a pas été pour moi révélatrice. J’ai travaillé avec un étudiant lyonnais qui, à travers son écriture, souhaitait traduire une certaine poésie. Nos deux univers avaient du mal à dialoguer.

Cette expérience t'a-t-elle donné envie d'élaborer un ouvrage seule ? Ou alors d'illustrer un autre livre ?
Pour l’instant, mes projets de livres n'intègrent pas de texte. Je souhaite formuler mes idées en images ou en volumes, sans faire appel aux mots, sans associer texte et image.


Extrait de Gojira >

Nous nous étions rencontrés lors du salon de Montrouge de 2010. Tu avais alors présenté quelques photos extraites de la série « Paillasse ». Tu préfères travailler par série ?
Pour « Paillasse », j'ai effectivement travaillé sur une série : il s'agissait de retrouver dans chaque objet un sentiment similaire, une variation sur la précarité des matières et du sujet. Cette série devait être purement photographique pour insister sur l'idée de paillasse, d'observation de l'élément sur un fond. J’ai adopté un cadrage similaire, joué sur les fonds. Depuis quatre mois, je travaille sur un nouveau projet, « Gojira » (ou Godzilla). Je ne procède pas par série : chaque image est autonome. Il s'agit plus de pièces rapportées qui chercheraient à définir le contexte du monstre et son lien à l'histoire. Elles constituent un ensemble. Cet ensemble me permet d'introduire d'autres médiums et de ne pas me limiter dans la représentation.


A6M5 Zéro >
L’été dernier, tu nous avais dit que tu avais envie de photographier des objets, des compositions d'objets. Est-ce que les photos « A6M5 Zero » de cet avion qui semble se détruire en vol en sont les prémices ?
J'ai toujours cette envie. Je suis à un stade de mon travail où tout est possible, d’autant plus que j'envisage « Gojira » comme un grand ensemble de pièces. Pour « A6M5 Zero », l'objet existera sous la forme d'une image, la maquette étant moins intéressante que son cadrage dans l'image. J'ai travaillé sur le sentiment d'écrasement et l'incohérence de la chute de l'avion. En général, les objets me fascinent plus que le reste. L’objet déjà fabriqué peut être dévié de sa fonction ou de son sens initial, ce que je ne retrouve pas dans le portrait par exemple ou dans le paysage. L’objet offre la possibilité d'imposer d'emblée plusieurs sens, une polysémie qui peut être travaillée quand il devient image ou sculpture.

Dans l'ensemble « Gojira », sélectionné au Festival de Hyères, on voit deux thèmes se dessiner, un premier autour de l'eau, un second autour du ciel. Comment articules-tu ces deux éléments ?
Le monstre Gojira est un animal marin, qui se déplace également sur la terre. On raconte qu'il est issu du croisement entre une baleine et un gorille. La présence de l'eau dans mon travail rappelle donc sa présence. Elle renvoie également à l’insularité : une île est séparée d'un continent par l'eau. La mer isole les terres et elle remplit les espaces vides. On ne sait plus si c'est la mer qui sépare les terres entre elles ou si ces dernières divisent les eaux ; un lien à l'histoire du verre à demi plein ou à demi vide. Jouer sur le pouvoir symbolique de ces deux éléments m’intéresse.

Dans cet ensemble, tu interviens directement sur tes photos en jouant avec des filtres, en faisant des photomontages. Est-ce le début d'un travail pluridisciplinaire, d’un travail mêlant plusieurs techniques ?
Oui, le portrait que j'essaie de dresser à la fois de l'île et de son monstre se dessine à l'aide de différentes techniques : le collage, la photographie, la sculpture. Ce monstre fictif me permet d'aborder l'île et son mythe sous différents angles. Il est un collage et un symptôme, il mêle nécessairement plusieurs dimensions : fictionnelle, historique, plastique et cinématographique. Je l’évoque donc sous plusieurs facettes : en tant que personnage de cinéma – je travaille alors avec les archives de plateaux de tournage -, en tant qu'animal hybride – je m’inspire des études biologiques -, en tant que monstre – je souligne sa corpulence et son volume dans l'espace. Le monstre est par définition un rapport à l'échelle, à notre échelle.

6 852 îles >

Avec « 6 852 îles », tu dessines ?
Je ne dessine pas à proprement parler, il s'agit d'un coloriage. Pour l'instant, je ne suis pas intéressée par cette pratique. « 6852 îles » rejoint plutôt mon goût pour l'abstraction, la silhouette et la polysémie des formes. Un rapprochement formel entre la main d'Akira et les contours du Japon, les lambeaux de chaires similaires aux îlots.

Et dans ta pratique photographique, tu utilises plutôt l’argentique ou le numérique ?
Non pas du tout, je travaille avec ce que j'ai sous la main. J'ai la même démarche face au sujet. Ce n'est pas la même visée, au travers d'un écran de retour ou d'un viseur. Mais je ne pense jamais aux différences de résultat qu'il y a suivant l'appareil.

Ton prochain projet ?
En parallèle du travail Gojira, je suis une équipe de paintballeurs dans le sud de la France. Je m'intéresse à leurs parties de jeu costumées, lorsqu'ils reprennent une période historique. J’ai commencé par la bataille de Stalingrad. L'enjeu, dans ces images, c'est l'anachronisme qui s'en dégage, le bricolage de certaines insignes et le mélange des armées. C’est un carnaval décalé. Le travail avance doucement, car ces parties costumées se déroulent tous les trois mois environ. En vis-à-vis de ce travail photographique, je détourne d’anciennes insignes de différentes armées, que j’ai achetées dans un surplus militaire. Je couds sur l’insigne elle-même pour en proposer un tout autre sens.

Site de Marie Quéau : www.mariequeau.com
26ème Festival international de mode et de photographie
Villa Noailles
www.villanoailles-hyeres.com
Exposition du 30 avril au 29 mai 2011
Montée de Noailles
83400 Hyères