Il est vrai que la ville abrite quelques grandes figures de l'irrévérence comme Noël Godin, aussi connu sous le nom de Georges Le Gloupier. Ce dernier s'est rendu célèbre par ses entartages, des attentats pâtissiers qui "ne blessent que l'amour propre !". L'entartage est vraiment le geste irrévérencieux par excellence. Il en contient tous les ingrédients : impertinence, révolte, irrespect, mais aussi audace, humour et dérision.

Benjamin Monti >


Vous pouvez visiter l'exposition sans crainte, aucun entarteur ne vous attend derrière la porte. Vous commencerez par les dessins de Benjamin Monti, irrévérencieux à plus d'un titre. Tout d'abord, sur la forme. Car il recopie des extraits d'oeuvres classiques et les fait se catapulter. Quant au sujet dessiné, on observe un christ adulé par des poivrots ou un noble donnant à manger des enfants à ses chiens, sous le regard d'un homme d'église. Et la série s'intitule "Très brève histoire de la religion catholique".


Les collages d'André Stas sont encore plus explicites. Il détourne des gravures anciennes sur lesquelles il colle des paroles imaginaires avec un fond érotique explicite. Un diner en ville se transforme ainsi en préparation de partouze, une planche de portraits de grands hommes devient une série de confidences sans oreillers. Dans une vidéo produite par Arte et projetée dans l'exposition, André Stas nous explique sa manière de penser. Il réalise une performance inspirée du tableau de Magritte, La trahison des images ("ceci n'est pas une pipe"). Nous sommes là plutôt dans la trahison du langage.



André Stas >



Les dessins de Sophie Langohr sont plus difficiles à cerner. Elle assemble des barrières de sécurité pour représenter des maisons pavillonnaires. Elle y accroche des fleurs, petits bouquets qui rendent hommage. Cette série s'appelle Folie. Chaque tableau est numéroté. Elle souhaite rendre compte d'"une certaine esthétique de la catastrophe".

Neige, Capitaine Lonchamps >

Quant à Capitaine Lonchamps, il a inventé le neigisme. Ces tableaux sont tous peuplés de personnages noirs couverts de point blancs. Il cherche à faire la peinture la plus laide du monde.

Enfin, les dessins de presse de Pierre Kroll méritent le détour. On y voit un petit Sarkozy posé sur un piedestal plus haut que lui et qui arrive ainsi à la même hauteur qu'une statue de De Gaulle ou bien un pape s'interrogeant sur le mariage des prêtres avec, à côté, deux curés fous de joie qui comprennent qu'il souhaite les marier ensemble.

Exposition fondamentalement politisée, elle est tout bonnement excellente. Les Belges ont vraiment encore beaucoup de choses à nous apprendre.


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