Le salon de Montrouge (1/2) : l'école nationale de la photographie d'Arles invitée
Par Connie le mardi 17 mai 2011, 21:28 - Artistes - Lien permanent
Salon de Montrouge du 4 mai au 1er juin 2011

Edouard Beau >
Cette année, le Salon de Montrouge a invité l’école nationale supérieure de la photographie d’Arles à exposer les travaux de diplôme de huit de ses étudiants. Arrêtons-nous un instant sur les trois qui nous ont plu.
A l’entrée, sur la gauche, vous découvrirez une série de 12 photographies noir
et blanc de Pierre Toussaint. On aperçoit des passants pris sur le vif, souvent
de dos et volontairement décadrés. La série est belle, très cohérente, elle
témoigne du talent de cet étudiant belge pour la photographie instantanée et
pour l'éditing. Nous aimons en particulier la confusion qui s’opère entre les
motifs de la blouse de la mémé et le gravier, on y retrouve à la fois l’esprit
d’irrévérence
belge et la compassion dont fait preuve Pierre Toussaint pour ses
sujets.

Pierre Toussaint, extrait de la série Métronome >
Ensuite, ce sont les photographies d’Édouard Beau qui ont attiré notre regard. De Sangatte à l’Irak. Du noir et blanc à la couleur. La photographie couleur du soldat irakien à l’échelle 1 ou plus, tirée d’après un négatif qu’Édouard Beau a trouvé dans une caserne quelques semaines après le départ de l’armée irakienne, est magistrale. Il l’a restaurée sans trahir le matériau. Les marques du chaos subi par le négatif, abîmé, brûlé aux angles, les couleurs sépias, tous ces éléments participent à rapprocher cette photo contemporaine des photographies de Lehnert et Landrock…
Quasi en face, Julie Fischer nous invite à découvrir un autre univers, énigmatique, où dominent la neige et le froid. Suivant l’homme qui ramasse les animaux morts pour les transporter aux services vétérinaires d’Helsinki, Julie Fischer a saisi des instants de grâce, d’une intense beauté. La série « Les passeurs » joue sur cette incertitude : mort ou vif ? Cette frontière est mince. Les photographies évoquent cet instant où la vie s’échappe, où le mouvement des êtres est arrêté net, où les traces témoignent d’un passage, où les corps encore chauds commencent à geler, où la vigueur de l’animal est battue par la mort, où l’obscurité gagne sur la lumière. La série n’est pas sombre pour autant, le ciel d’hiver finlandais s’est mué en une grande boîte à lumière, dans laquelle surgissent les compagnons de Julie Fischer, les passeurs.
