Nabil Youssef essaye d'être honnête et vrai dans son travail. Il y réussit pleinement dans son premier court métrage, "You never left", projeté à la galerie et dans les photographies tirées du film qui sont également exposées. Il a su s'entourer de deux grands acteurs : Fanny Ardant et Tahar Rahim. Tahar Rahim n'est peut-être pas un nom qui vous est familier. C'est pourtant lui qui a incarné le rôle principal -et magistral- du film Le Prophète de Jacques Audiard.

Nabil Youssef a toujours été attiré par le cinéma. Il a d'ailleurs déjà produit une série de portraits oniriques de stars (Catherine Deneuve, Rossy de Palma ou David Lynch, notamment) ainsi que des autoportraits en situation, très narratifs. Sa passion pour le cinéma remonte à son enfance, période sacrée du cinéma égyptien. Jouer un rôle, mourir "pour de faux" et devenir immortel "pour de vrai" le fascinent. Il traite ses sujets de façon très sensuelle et douce, quasi érotique. Fan du technicolor, il adopte une technique personnelle de photographie : il produit des tirages argentiques noir et blanc qu'il peint à la main.

Dans "You never left", Nabil YOussef évoque l'exil, de façon allégorique, en le rapprochant de la mort. Dans une première partie, le mort est lavé et veillé. Puis il arrive dans un paradis, avec palmier et gazon vert, où l'attend Fanny Ardant en Mater Dolorosa ; personnification de l'Egypte qu'il vient de quitter. A la fin de ce voyage initiatique, cette Egypte perdue devient son paysage mental, sa région intérieure.

Nabil Youssef fait ici son propre portrait et aussi celui de beaucoup d'autres artistes qui, comme lui, souhaitent parler de leur pays et de leur culture sans réussir à trouver une audience dans le pays auquel ils sont viscéralement attachés. Ils parlent ainsi aux Européens qui apprécient mais ne comprennent pas, les Arabes, eux, comprendraient mais n'apprécient pas forcément. Shirin Neshat comme Nabil Youssef sont bien les ambassadeurs de la modernité arabe qui s'est exprimée ces derniers mois. Les lignes de force qui traversent ces peuples, on les retrouve dans l'oeuvre de Nabil Youssef avec douceur et réserve. Le souffle de l'espoir.


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