Dès l'entrée, nous avons découvert les surprenantes peintures de Maude Maris. Sa toile grand format nous a projetés dans un intérieur étrange aux couleurs à la fois douces et inquiétantes. L'artiste joue avec la lumière, la perspective et la disposition des objets pour mettre en relief l'articulation de l'espace et la relation qu'entretiennent les objets entre eux : l'espace est volontairement clos, une ombre se projette sur un objet puis sur un autre, le décor se reflète sur les surfaces lisses, la lumière se réfléchit sur des formes arrondies, les arêtes droites tranchent avec les formes molles. Troublant. Dans ses toiles de petit format, Maude Maris représente un couple d'objets qui suggère une relation d'emboîtement. Pourtant, leur forme ne laisse aucun doute : la face convexe ne correspond pas à la face concave. Ces objets sont et ils resteront indépendants.

Un peu plus loin, nous nous sommes égarés dans un théâtre de luttes imbriqué dans un gros chat. Les deux grandes fresques à l'encre de Chine sur papier coton d'Agathe Pitié fourmillent de personnages et de détails. Ses sources d'inspiration ? Le Moyen-âge, la gravure, la bande dessinée et l'actualité. Attention de ne pas s'y perdre !

De la dérision avec Tiéri Rivière. Firinga, sa vidéo, nous le montre en train de lutter contre le vent. Un homme, un cyclone, un combat perdu d'avance ?


Philip Vormwald, Au cœur de la pieuvre >


Avec ses dessins au graphite, Philip Vormwald prend le contre-pied des représentations très réalistes de Robert Longo ou de Tim Plamper. En effet, lui pose sur sa feuille des objets pochoirs, un store vénitien par exemple, qui laissent leur empreinte en réserve. Le résultat, un savant mélange d'éléments futuristes abstraits, pourrait servir de décor dans Métropolis.


Nicolas Muller, Sans Titre, 2011 >


Dans les installations et les dessins de Nicolas Muller, des formes très libres jouxtent des structures rigides. Des poteaux servant à accrocher des vélos sont ainsi mis à mal et déformés par le choc des voitures. Dans ses dessins, des traits ou des lignes tracés à la main recouvrent ou côtoient des droites parallèles ou des quadrillages. Il est question de liberté et d'enfermement. D'ailleurs, la bouche d'égout entr'ouverte qui est accrochée au mur est emblématique : elle s'intitule tout simplement "évadé". 

Cyril Verde, lui, met en scène le désespoir de l'architecte en encadrant des équerres défectueuses qui n'ont pas d'angle droit (Unsquared, 2011).

Nathalie Boutté, Gaia, 2012 >

Un monde de papier. Gaïa est un planisphère composé de cartes routières et de papier calque. Issue du monde de l'édition, Nathalie Boutté s'exprime avec le papier. Elle le découpe en languettes qu'elle assemble ensuite patiemment jusqu'à produire ses compositions en relief. Dans son hommage à Malick Sidibé, elle a joué sur la graisse d'un faux texte pour créer son nuancier de gris. En observant ces petits bouts de papier, nos doigts éprouvent une irrésistible envie de toucher.


Dans une tout autre échelle, nous avons aperçu au fond de la salle une photo, California City CA, qui nous a rappelé les photos aériennes de Sophie Ristelhueber. Camille Ayme a reconstitué une ville de Californie en juxtaposant les 500 captures d'écran de son image satellite.

A côté, les deux toiles de Denis Christophel nous ont fait osciller entre figuration et abstraction : on perçoit une force sous-jacente, une lumière, une maîtrise de la couleur. On pense inévitablement à William Turner ou à David Caspar Friedrich, Jean Brolly, qui a rédigé le texte de présentation, ne s'y est pas trompé.

Denis Christophel, Sans titre >
Nous avons poursuivi dans la peinture figurative avec les diptyques d'Émilie Bazus. Ses grands portraits sans visage, au cadrage resserré et décentré, révélent la dimension ornementale des étoffes de vêtements traditionnels. Leurs motifs et leurs couleurs font écho aux légumes, colliers ou fleurs qui sont amoncelés dans la deuxième partie du tableau. C'est simple et beau. Du tissu dépassent le cou, les bras et les pieds, devenus simples touches de couleur marron. Pudeur, intimité et volupté.

Claire Trotignon, Installation au Salon de Montrouge >
Une fois la salle du bas parcourue, restait à atteindre l'étage où étaient exposés les étudiants de l'Université Paris I, l'école invitée cette année. En montant l'escalier, nous avons immédiatement aperçu le papier peint de Claire Trotignon qui réinterprète la toile de Jouy à sa façon. Champêtre ? A bien y regarder, on observe au milieu des fleurs les dessins d'émeutes, de voitures renversées et de personnages cagoulés. Deux dessins sont également accrochés, il s'agit de paysages suspendus dans les airs : sur un mont siège un bâtiment moderne aux formes géométriques.



Claire Chesnier, CXVIII, 2011 >
A l'étage, nous avons redécouvert les encres sur papier de Claire Chesnier que nous avions vues récemment à la galerie du Jour.



Salon de Montrouge
www.salondemontrouge.fr
Le Beffroi
2, place Emile Cresp
92120 Montrouge
Proche de l’Hôtel de Ville

Sites des artistes :
> Maude Maris : maudemaris.com
> Agathe Pitié : lestravauxdepit.blogspot.fr
> Tiéri Rivière : www.tieri-riviere.com
> Philip Vormwald : philipvormwald.com
> Nicolas Muller : www.nicolasmuller.com
> Cyril Verde : cyrilverde.com
> Nathalie Boutté : www.nathalieboutte.com
> Camille Ayme : www.camilleayme.com
> Emilie Bazus : emiliebazus.com
> Claire Trotignon : clairetrotignon.tumblr.com
> Claire Chesnier : claire.chesnier.over-blog.com

Autre exposition de Maude Maris :
Illusion / Faux
Maison des arts de Malakoff jusqu'au 13 mai
maisondesarts.malakoff.fr
105 Avenue du 12 février 1934
92240 MALAKOFF