La quête de Joel Peter Witkin est existentielle : représenter de manière inédite par la photographie des questions universelles, à savoir la mort, la souffrance, les pratiques sexuelles, les mythes classiques, sujets qui ont été traités de tout temps dans la peinture, le dessin ou la gravure. On en voit d'ailleurs de très beaux exemples en regard de ses photos. L'intention de Witkin n'est pas de choquer le bourgeois, mais plutôt de toucher au plus près l'humanité qu'il y a en nous, dans nos corps, dans notre chair.

Joel Peter Witkin, The Sins of Joan Miro, New Mexico >

Délaissant les tabous et les évidences, Joel Peter Witkin met en scène de façon très méticuleuse des personnages singuliers dans des postures ou des décors très étranges. Tel un alchimiste, il photographie ainsi un homme suspendu par les testicules, il transforme des transsexuels en belles femmes plantureuses munies de pénis, il métamorphose un chien mort en corne d'abondance, une tête fraîchement coupée en vase. Oui, il ose travailler à partir de corps morts, il ose montrer les corps de personnes difformes ou monstrueuses, il ose mettre des hommes et des femmes dans des positions inconfortables. Il n'a pourtant pas de goût pour le morbide. Un corps mort ou abîmé fait partie de la communauté humaine, il est donc légitime qu'il figure dans ses fresques.

Est-ce pour nous protéger que Witkin cache le regard de ses modèles sous des voiles ou des loups comme s'ils pouvaient nous pétrifier ? Peut-être. Witkin ne manifeste aucune cruauté ou perversité, ses photographies irradient de beauté. Parmi ses tableaux, quelques-uns présentent des personnages aux visages découverts. Qui sont-ils ? Les protagonistes de mythes, comme Léda, Daphné, Appolo et Satyro. Comme si le fait de devenir l'objet d'un mythe rendait le regard inoffensif. Le plus intrigant est sans nul doute "John Herring, P.W.A., Posed as Flora with Lover and Mother". Cet homme moustachu, vêtu d'une grande robe, apparaît dans une composition qui reprend un tableau de Rembrandt, Saskia Posed as Flora. Sa particularité est qu'il est malade du sida et qu'il sait qu'il va bientôt mourir. John Herring interprète un rôle, celui de Saskia, la femme de Rembrandt, qui meurt à 30 ans de la tuberculose. Le condamné joue à la condamnée. Le sachant condamné, Witkin pouvait-il lui fermer les yeux ?

Joel Peter Witkin, Lisa Lyon Anavyssos >

Lisa Lyon, l'égérie de Mapplethorpe, participe à son œuvre. Joel Peter Witkin la pétrifie en lui faisant prendre la pose d'un Kouros d'Anavyssos. Cette photographie peut paraître à première vue banale, elle en dit en fait assez long sur le photographe. Là où Mapplethorpe érotisait son modèle, Joel Peter Witkin la fige dans la posture grecque classique du jeune homme nu.

La composition minutieuse de chacune de ses photographies permet à Witkin, comme aux peintres et graveurs présentés dans cette exposition, de nous faire surmonter notre premier geste de dégoût pour nous faire accepter d'aller au-delà du rejet et pour comprendre les ressorts intimes qui nous animent face à la douleur, à l'amour, à la mort, au sexe ou à Dieu.

Bibliothèque nationale de France
Site Richelieu
Galerie Mansart
5, rue Vivienne
75002 Paris
Tél : 33(0)1 53 79 59 59
www.bnf.fr

Métro : Bourse, Pyramides, Palais Royal
Et aussi une exposition des dernières œuvres photographiques, L'histoire du monde occidental de Joel Peter Witkin à la galerie Baudoin Lebon du 28 Mars au 19 Mai 2012.
Galerie Baudoin Lebon   => Liste des Articles
8 rue Charles-François Dupuis
75003 PARIS
Site de la galerie : www.baudoin-lebon.com/