Gérard Garouste puise également dans sa propre histoire et dans celle de sa famille. Celle-ci est difficilement avouable et même haïssable : son père antisémite convaincu, cynique et misanthrope s'était enrichi pendant la guerre grâce à la spoliation de biens juifs. L’artiste le raconte d’ailleurs dans le livre "L'intranquille", qu’il publie après la mort de son père. Gérard Garouste n'est pas un bienheureux ; il a traversé des phases de dépressions aigües; de celles qui vous conduisent à l'asile et qui vous obligent à avaler une camisole chimique pour continuer à peindre. Le résultat de cette alchimie personnelle complexe donne une œuvre colorée et baroque, peuplée d'un bestiaire imaginaire dans lequel il enfouit, parmi les détails, ses secrets de famille et les attributs du mythe réinterprété.

Pour cette nouvelle exposition, Gérard Garouste s'inspire de Faust de Goethe. Il l'a d'ailleurs appelé Walpurgisnachtstraum, songe d'une nuit de Walpurgis, la nuit des sorcières en Europe du Nord. Il peint essentiellement des femmes. Il a beau leur ajouter des boucs, des pommes, des monstres en tout genre, on sent bien qu'il a pris beaucoup de plaisir à les peindre habillées "en Gaultier" ou nues. Gérard Garouste a aussi convoqué beaucoup de ses amis dans cette exposition. Jean Michel Ribes devient Méphistophélès et Nathalie Obadia une sorcière. Les sorcières sont chez Garouste des êtres importants car elles sortent de la hiérarchie humaine et possèdent un savoir que détestent les puissants ou les hommes d'église. Quant à Méphistophélès, il nous explique que son ami le met régulièrement au défi pour le pousser un peu plus loin dans son art. Marguerite se retrouve elle à côté d'un bouc expiatoire. Eh oui ! Le bouc émissaire est aussi chargé de l'innocence.

Gérard Garouste, Le golem, 2011 >

Selon Gérard Garouste, Faust est un mythe qui correspond à notre époque, saturée de savoir et qui pourtant ne l'utilise pas à bon escient. On plonge dans ses œuvres comme dans un marécage : elles fourmillent de mille insectes et bestioles inconnus qui se nourrissent des sédiments des siècles passés.

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