Les tableaux de Lance Letscher sont des « diagrammes mentaux » qui allient d'un côté une approche intuitive et de l'autre un ordonnancement rationnel. Comme le dit l'artiste américain lui-même, « ma méthode de travail consiste d’abord à empiler les matériaux, à les découper en parties, puis à assembler celles-ci, les coller, les mettre sous presse et les re-découper à nouveau pour aboutir à leur forme finale. Enfin je les assemble dans une composition préliminaire sans les coller. Je défais cette première composition jusqu’à ce que ça devienne intéressant. Je transfère ce qu’il en advient sur un panneau, je les colle, les mets sous presse et laisse sécher… ».

Ses diagrammes mentaux se nourrissent de tous les signes qui nous entourent. Ses matériau sont pour l'essentiel des illustrations de magazines et de manuels des années 50, des bulles de BD évidées. Au final, ce bric-à-brac d'images patinées développe aussi une narration. Par exemple, dans Chop it down, un ordonnancement de troncs et de haches fait face à un capharnaum d'objets en lévitation. Nous n'avons pu nous empêcher de nous remémorer l'ambiance des forêts des contes pour enfants.

Chaque collage suit le fil d'une pensée. Dans First thing every morning, la pensée jaillit d'un arbre, une chaise rouge, des échelles apparaissent. Dans The little man in charge, ce sont des volutes blanches qui prédominent. Dans Lots of little lessons, une suspension de cubes crée la surprise. Chaque collage de Lance Letscher se présente selon un mode de pensée singulier : concentrique, explosif, en rhyzomes...


Ten cups a day >

Ses oeuvres nous intriguent, titillent notre curiosité. De loin, on perçoit avant tout une dynamique, un mouvement suggéré par une locomotive, l'ondoiement de longues lignes ou des volutes... Quand on s'approche, on est happé par le fourmillement des détails, on cherche à faire des liens entre les différents outils, ustensiles, formes simples découpées. Lance Letscher découpe avec une précision telle qu'il réussit à évider les anneaux d’une minuscule paire de ciseaux pour y faire passer un marteau.

Au milieu de ces belles constructions colorées se cache certainement le Rosebud de Citizen Kane. Et puis, coup de théâtre ! Un mur entier est consacré à des œuvres plus reposantes qui font penser à des constructions cubistes. On y retrouve le même souci du détail, mais le foisonnement des œuvres précédentes laisse place ici à une structure très construite, qui joue avec les perspectives. Les éléments découpés ne sont pas choisis pour ce qu'ils représentent, mais simplement pour leur couleur ou leur motif.

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10, rue du trésor
75004 Paris
Site de la galerie : www.vidal-stphalle.com/