Dans la première salle, on découvre ses Additive paintings et Additive sculptures. L'artiste nous invite à porter deux points de vue contradictoires sur ses oeuvres : l'un très rationnel et logique, l'autre plus intuitif et sensible.

Mark Hagen les a élaborées en suivant un processus très précis, qui laisse une grande place à l'aléatoire. Le support d'abord fait l'objet d'une préparation particulière : Mark Hagen dispose des toiles de jute à l'air et au soleil, les unes sur les autres, pendant plusieurs mois, chacune imprime ainsi son empreinte sur les autres.

Mark Hagen, To Be Titled (Subtractive and Additive Sculpture #9), 2011 >
Ensuite, il détourne l'acte de peindre. Mark Hagen verse successivement des couches de peinture acrylique de bâtiment sur l'arrière de la toile, de façon à ce qu'elles la traversent en formant des motifs géométriques. La première couche de peinture est donc celle qui est visible côté face, contrairement à la peinture classique où la dernière couche recouvre les premières.


Mark Hagen, To Be Titled (Additive Painting #74), 2011 >

Mark Hagen ne connaît certainement pas le roman d'André Malraux "La tête d'obsidienne", pourtant il est certain que l'histoire de cet aventureux lui aurait plu. Malraux décrit l'ouverture d'une exposition intitulé "André Malraux et le musée imaginaire" qui doit accueillir une tête d'obsidienne aztèque du musée de Mexico ou elle est placée devant un miroir qui reflète le ciel et le spectateur. Dans le roman, la tête n'est jamais arrivée au musée imaginaire - elle n'a d'ailleurs jamais existé, contrairement à toutes les autres oeuvres que Malraux décrit. Malraux la présente comme une sorte de paradigme de l'oeuvre d'art premier, qui passe de divinité à démon, puis de joli crâne à chef d'oeuvre.

Mark Hagen a la même fascination pour l'archéologie. Ses oeuvres, inspirées des premiers miroirs en obsidienne, en témoignent. Il utilise cette pierre, la débite en formes rectilignes simples qu'il polit, et obtient ainsi des surfaces réfléchissantes qu'il agence dans l'espace. Mark Hagen souhaite nous plonger dans l'abîme du temps. Il qualifie ces sculptures de miroirs d'Ur, la cité de Mésopotamie. Mark Hagen crée ici, à l'inverse de la tête d'obsidienne d'André Malraux, une oeuvre-miroir qui nous transporte dans les limbes du temps.


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19, rue de Saintonge
75003 PARIS
Site de la galerie : www.alminerech.com/