Dès l'entrée, les deux natures mortes aux oranges témoignent de la démarche qu'adopte Matisse à compter de 1906, en travaillant par paires. Les salles suivantes nous présentent un florilège de couples de toiles de même format, réalisées la même année et abordant le même sujet. L'occasion de comparer les tableaux et de jouer au jeu des sept erreurs. A travers ces exemples, on découvre comment Matisse joue sur les couleurs, le cadrage et le style pour créer ses variations. Avec Le Luxe I et Le Luxe II, Matisse exploite même la technique du poncif pour reproduire ses motifs.

Incontournables, les vues de Notre Dame forment une paire particulièrement intéressante. En effet, le dédoublement opéré ici par Matisse est extrême : la première peinture, figurative, s'inscrit dans une veine traditionnelle tandis que la seconde, à la limite de l'abstraction, représente l'édifice comme une boîte inachevée, une esquisse.

Henri Matisse, Porte-fenêtre à Collioure >

La deuxième partie de l'exposition évoque davantage les séries de Matisse. On y voit d'abord les séries de dessins de nus ou de vase et feuillage, qui ont constitué son livre Thèmes et variations, puis les séries de peintures (Grande falaise, Nus bleus).

Entre les deux, on découvre l'exposition qui s'est tenue en 1945 à la galerie Maeght. Matisse y a exposé six tableaux ainsi que les tirages photographiques des états antérieurs de ces peintures. Ces photographies révèlent son cheminement pour aboutir à l’œuvre terminée. Retraçant la genèse de la Nature morte au magnolia et de la blouse roumaine, elles illustrent bien la façon dont Matisse parvient à se défaire de certains détails, à épurer la forme, à styliser son sujet. Il travaille par étapes. Lorsqu'il perçoit une faiblesse dans un tableau inachevé, il n'hésite pas à le reprendre complètement. Il se compare au jongleur qui est dans une "intimité totale avec les objets, [...] le résultat de beaucoup d'exercices". A propos du processus de création, il s'étonne : "c'est comme si l'on me poussait par la main, c'est quelqu'un qui parle à travers moi. Mais qui ? Toujours pas moi [...]. Il y a là un mystère [...] je crois que je ne comprendrais jamais."

Cette exposition met en lumière le travail du peintre, ses recherches, ses tâtonnements. Quand est-ce qu'une œuvre est achevée ? Lorsque "le tableau m'a mis à la porte".

Une fois la visite terminée, passez voir la collection permanente. Vous y verrez les nus de dos que Matisse a sculptés de 1909 à 1930 en réutilisant les premiers moulages pour élaborer les œuvres postérieures, explorant la même série pendant plus de vingt ans.
Centre Pompidou
www.centrepompidou.fr
Place Georges Pompidou
75004 Paris
Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 11h à 21h.
Métro : Rambuteau / Châtelet / Les Halles