On ressent inévitablement une certaine mélancolie en regardant Grand prairie school. Nous voilà transportés dans une classe. A gauche, une classe inondée de soleil, le tableau ardoise recouvert de traits de craie et les chaises bien alignées suggèrent que la classe est en activité. Une simple ligne verticale nous propulse quelques années plus tard : à droite on retrouve la même classe sens dessus dessous, les chaises sont renversées, des tags ont envahi la pièce et la lumière diaphane a disparu. Cette vision nous rappelle les photographies d'un quartier écossais qui finit en ruines, photographies prises à deux ans d'intervalle par Chris Killip (actuellement exposées au BAL).

Avec Grand prairie, Matt Bollinger nous fait sortir de la classe pour observer le bâtiment dans son environnement. Le lycée paraît lointain et comme abandonné. L'artiste nous place derrière un grillage finement ciselé. L'école aux fenêtres obscurcies paraît inaccessible, comme pour nous signifier que cette période est définitivement révolue.

Matt Bollinger, Hallway, 2011 >

D'ailleurs, dans Hallway, Matt Bollinger nous donne à voir un lycée recomposé. Le hall du lycée est reconstitué à partir des morceaux d'une photo déchirée. C'est dans ce tableau que sa technique transparaît immédiatement. Dans ses autres œuvres, on a d'abord l'impression de contempler des tableaux, les nuances de couleurs sont variées, la lumière très présente et la composition riche en détails. C'est seulement en s'approchant que l'on découvre sa technique : collage du fond qu'il recouvre d'un nombre incroyable de bouts de papier découpés et collés, l'ensemble saisissant un moment fugitif de son adolescence. Un peu à la manière des impressionnistes.

Dans Window Pane (2), les rayons rougeoyants du soleil colorent le chambranle de la fenêtre de façon très réaliste. On sentirait presque la chaleur du soleil sur la peau. Sur la vitre, on distingue la silhouette d'une jeune fille qui observe l'extérieur depuis sa fenêtre. Une maison entourée de palissades en bois, un soleil irradiant et des couleurs dignes du grand canyon. L'évocation des moments d'ennui où l'on rêve de s'échapper et de découvrir de nouveaux territoires.

Matt Bollinger, The walk, 2012 >

Entry est le pendant de Window Pane (2). L'entrée de la maison, c'est le retour au foyer. La porte avec ses barreaux est fermée. S'y reflète pourtant un monde extérieur au lumineux horizon, la promesse d'un avenir où tout est encore possible. Une composition quasi symétrique, où quelques détails cassent la monotonie : la rampe à barreaux accentue l'impression d'enfermement, seule la cuvette bleue, tout petit élément en bas à gauche, crée une ouverture.

The walk aurait pu être une ode à la liberté, plusieurs signes nous convainquent du contraire. Non, Matt Bollinger ne suit pas les pas de Jack Kerouac. Le point de vue est bas, la boue marron contraste avec le bleu du ciel. Le jeune homme observe un terrain désolé, sans charme ni perspective, avec un bloc de béton gris comme seul compagnon. Solitude entre ciel et terre. Seuls les brins d'herbe et le reflet du ciel dans les larges flaques d'eau apportent une touche de fraîcheur et un semblant de vivacité.

Road's edge. Au loin, un ciel nuageux, une forêt sombre, une route parsemée de poteaux électriques, un terrain. Au premier plan, un grillage plastique orange et six arbres qui créent une perspective. Une composition très réussie avec une succession de plans qui convergent vers la gauche. Un panneau d'affichage bleu détonne dans ce paysage à l'allure familière.

Matt Bollinger, Road's edge, 2012 >

En plein milieu de The neighborhood, un majeur dressé contre un feu rouge incarne avec dérision la rébellion adolescente. Il fait nuit, personne à l'horizon. Néanmoins la tête du personnage est cachée sous un sac, comme si le jeune homme n'assumait pas pleinement son geste. Matt Bollinger met le doigt sur nos contradictions : entre peur et désir.



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