La première salle de l'exposition reprend l'hallucination que Yayoi Kusuma a eu dans sa jeunesse. On y découvre une salle à manger familiale, avec table, chaises, vaisselle. Tout y est couvert de pois de couleurs. Ces petits pois vont devenir sa marque de fabrique, ils traduisent sa conscience que l'on est peu de choses.

Les salles suivantes présentent ses premières productions, minimalistes. L'artiste japonaise a commencé par couvrir ses toiles d'un nombre infini de petits cercles de peinture, d'un geste mécanique qui rappelle celui de la calligraphie japonaise. Tableaux sans haut ni bas, sans gauche ni droite, ils donnent à voir un réseau monochrome, Infinity nets, qui s'apparenterait presque à la peau d'un reptile. Cette impression est renforcée par la toile de 80 cm de large sur 10m de long.

Puis, non contente de cette capture sensuelle du vide, elle invente la self obliteration, forme de libération du corps par son effacement progressif, tiré de la philosophie bouddhique. Cette oblitération est double. C'est à la fois apposer sa marque, comme la Poste le fait sur une lettre, mais c'est aussi un effacement progressif du corps derrière des pois de couleurs. Ces pois sont une forme de mise en abîme. La terre est un petit pois dans l'univers. Elle est aussi teintée d'une volonté de provocation puisque les protagonistes de ses films sont nus dans des lieux publics. Ils affirment ainsi leur liberté par rapport aux règles morales de l'époque et, par la même, l'affirmation de posséder son propre corps. Elle utilisera d'ailleurs cette même méthode pour dénoncer l'utilisation des armes de destructions massives en faisant des happenings nue qui jouent sur les mots atomique et anatomique.

Yayoi Kusama, Details Infinity nets >

A l'inverse de cette self oblitération, on retrouve les objets trouvés recouverts de phallus en tissu blanc. Usant de la même méthode répétitive que pour les Infinity nets, elle coupe des draps qu'elle remplit de coton pour leur donner une forme de phallus. Elle les assemble ensuite sur des objets qu'elle trouve, donnant ainsi à ces objets des allures de cactus fatigués et rendus inoffensifs. Avec cet assemblage, les objets deviennent mous et grouillants sans être pour autant repoussants ni même répugnants.

Puis l'obsession des petits pois et de l'infini amène Yayoi Kusama à créer des installations, ces chambres d'échos qu'elle couvre de miroirs et dans lesquelles elle place des formes rouges qu'elle couvre de pois blancs. Autre exemple : cette pièce plongée dans la pénombre, couverte du sol au plafond de miroirs, et illuminée de centaines de diodes multicolores. Le visiteur a l'impression de se retrouver au centre d'un espace infini, une sensation vertigineuse. Le dispositif en forme de kaléidoscope géant le projette dans un univers constellé d'étoiles multicolores.

L'exposition se clôt sur des peintures contemporaines de Yayoi Kusama. Elles se présentent toutes dans le même format et font inévitablement penser à des œuvres d'art brut. Elles sont parsemées d'yeux, de visages, de points qui font penser à un dessin automatique sans échelle, sans perspective. Il s'agit d'un kaléidoscope projetant cette fois-ci des figures de l'univers intérieur de Yayoi Kusama.

Centre Pompidou
www.centrepompidou.fr
Place Georges Pompidou
75004 Paris
Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 11h à 21h.
Métro : Rambuteau / Châtelet / Les Halles